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09 avril 2016

JeruZalem

JeruZalem, ça commence comme un générique Marvel, le reste continue en une sorte de Projet Blair Witch 3.0, caméra numérique versus lunettes connectées (encore que les Google glasses n'en soient pas encore là). Ou bien Troll Hunter, plus récemment. Puis petit détour par des Racines et des Ailes pour la petite visite de Jérusalem. Et c’est là qu’on regrette de ne plus avoir 20 ans pour écumer les auberges de jeunesse avec des projets à très, très courts termes, car les rues du vieux Jérusalem sont sublimes. Alors j'ai loupé quelques Z morsures parce qu'il faut un peu de concentration quand on mange des sushis avec des baguettes en plastique. Et donc quoi, Google serait le symbole du mal... ? Et avec lui toute notre société de consommation, et quels dieux prie-t-on exactement sur le mur des lamentations ? Quoi d'autre à signaler encore dans ce petit film filmé à la dérobé. A la dérobé ? En effet, aucune autorisation de tournage n'a pu être délivrée à l'époque paraît-il, à moins que cela participe à la mythologie créée pour les amateurs du genre gore gentil qui chassent les références ciné, à commencé bien sûr par les clins d’œil aux productions de George A. Romero - et, avec l'envol du premier geek démon connecté, on est pas loin de la scène d'anthologie. Alors ok le scénario est léger et la dimension mystico/politico/religieuse ici est survolée, autant qu'un Godzilla écrasant une ville, symbolisant le traumatisme japonais post Hiroshima et Nagasaki... mais ce n'est pas le sujet, et oui : oui ce JeruZalem m'a rudement bien divertie !

01 février 2016

Il était une fois... melty

Alors là, je triche un peu, je recopie le billet que j'ai édité il y a peu sur mon deuxième blog "bocal and co". La raison en est simple, car si je cloisonne certaines notes selon le profil du blog, il n'en reste pas moins que mes yeux et mes oreilles aiment, ici ou là !
Photo prise par Théodore (3ans)
J'ai dévoré le livre de William Réjault sur l'aventure melty. Fan du parcours d'Alexandre Malsch, créateur de ce média entièrement consacré aux jeunes de 15 à 30 ans et du blogueur/journaliste ancien infirmier, je me devais d'y jeter un œil! J’avais une petite entreprise qui a capoté il y a 18 mois. Elle a existé pendant 17 ans… mais la crise économique nous a bouffés tout crus. A priori rien à voir avec une start-up, même si les différentes réflexions sur le choix d’une équipe et connaître nos domaines de compétences sont identiques.
Se casser la figure en France, c’est pas facile, c’est - peut-être - plus facile sûrement de créer une start-up... Alors pourquoi écris-je cela? Parce que la vision de l'entreprenariat d'Alexandre Malsch prend tout son sens. Pour cela je lui dis merci. Merci de rappeler que monter une boîte c'est d'abord de la passion. Puis du stress et du stress, des échecs à relever et encore de la passion. L’ego y est souvent malmené, les doutes… mais l'aventure melty prouve que l'on peut vaincre les monstres de fin de tableau !
Et moi, son témoignage me rebooste, Alexandre un bel exemple qui donne de très bonnes clés pour comprendre comment peut fonctionner une entreprise, et cela, quelque soit sa forme, sa taille. L'écriture de William Réjault est parfaite, nerveuse, dynamique et précise, elle est aussi empathique et sensible. Elle témoigne d'une belle rencontre entre deux univers qui a pour point commun le web. Et elle en a le style, tenu comme un blog avec ses articles formant chapitres, nommés suivant les rencontres avec les collaborateurs et associés d'Alexandre. Bravo.
la fiche sur Amazon

02 mai 2008

Attention, lyrisme explicite à l’intérieur : Cédric Oheix.



Difficile après Julien Doré de donner à voir et à entendre au fond du canapé du salon. Cette année l’émission du mercredi en prime time s’enlise. Les chansons de groupe sont désastreuses, mal réglées. Mais aussi n’ai-je jamais aimé les chansons de groupe, mon côté individualiste certainement. Il y a moins de fun, moins d’inventions. Beaucoup de jeunes – pas mauvais - qui s’écoutent et se prennent beaucoup trop au sérieux. Du talent c’est vrai, j’en trouve chez une Amandine très hot dans son groove, un Benjamin qui met de la soul un peu partout. Mais surtout je le vois, cash, chez Cédric. Cash et honnête. Or être honnête paraît désuet et presque déplacé à l’heure de l’emballage bling bling. Parce qu’aujourd’hui il faut briller et puis se consumer. Vite.

Voilà un garçon respectueux, honnête donc, qui n’est pas ennuyeux pour autant. C’est un gentleman qui flirte avec un certain désespoir. Même s’il a la carrure pour verrouiller le pathos à deux balles. Il retient son côté sombre face caméra mais pas dans sa voix quand il chante. Il a le désespoir intelligent, c’est peut-être ce qu’il a de plus sexy.
Il me fait penser à l’homme au poncho, un cowboy philosophe et pragmatique. Marrant pour un marin. Peut-être que le point commun c’est le temps du voyage, la durée et le déplacement.

Cet éclairage m’est apparu comme un lampion d’arène mexicaine lors de son interprétation d’ « Emmenez-moi ». Il était une sorte de cowboy solitaire, là au milieu de la scène. Pas celui qui garde les vaches toute la journée et qui fait le tour de son ranch en soirée mais celui qui va au devant des emmerdes en toute connaissance de cause. Il y avait des accents « breliens » dans ces cris qui montaient, presque du flon-flon (le torero dans la lumière de l’arène, oui je sais je passe du cowboy au torero, sans prévenir, olééé !) et puis les accents sont devenus plus rock, plus libres, plus sauvages (le solitaire qui poursuit sa mission).
Non ce n’était pas parfait mais ce soir-là j’ai vécu une histoire assez étonnante.

Apprentissage, douleur et rédemption. Ce truc qui fait cogiter les hommes et les femmes qui veulent tenter l’aventure du bonheur, on ne peut pas l’appréhender avant un certain kilométrage. Il est pas tout jeune le Cédric, je suis bien placée pour le dire hein, j'ai le même âge. Alors il se connaît bien, c’est la contrepartie, il sait mener son cheval, il sait prendre du recul et je lui trouve une bonne dose d’auto-dérision.

Ce mec est un rocker dandy, il le reste même dans un répertoire de crooner (« I’ve got you under my skin »). Sur ce titre il a balancé un swing classe sans œillade insupportable, il est resté droit sans sur-jeu, droit dans son attitude, droit dans sa voix, si belle dans les graves. Il fait du bien dans ce programme. Mais je pense que tous ceux qui ont écouté ses morceaux sur son Myspace ont commencé à bouillir d’impatience. A quand le rock, le vrai, le dur celui qui s’écoute avec le bas-ventre ? Celui qu’il aime et que j’aime aussi, c’est-à-dire celui qui offre une belle palette avec des guitares héroïques, des basses infernales, une batterie en folie et surtout qui donne envie de s’énerver et sauter partout.

Il a répondu trois fois à l’appel du rock – français - pour le moment. Trois univers assez similaires : du sombre. Noir désir, Bashung, Axel Bauer. Avant-hier le dandy s’est lâché sur « Eteins la lumière ». Cédric sait bouger et le fait mmmhmm bien ! Il a transpiré, il a échangé avec les musiciens, il a souri à la fin, a eu l’air content ! En un mot, il a dû se faire plaisir (autant qu’on puisse se faire plaisir dans ce genre de compétition). Je pense qu’après deux visites dans des univers un peu tenus du collier, où il s’est risqué le cuir par deux fois avec Sinatra et Aznavour, il devait se sentir plus à l’aise dans ses santiags !
Mon coeur de midinette chavire je l'avoue, quand il crie. Mais comme il crie avec un sauvagerie toute intelligente... ouf l'honneur est sauf. Hahahaha !

Bon et maintenant à quand du Led Zep ? Bon anniversaire mec.

16 avril 2008

Sa télé cartonne


Nous sommes en 2034, nous avons 60 ans et Interville, Fort Boyard et La Star Ac’ ont disparu des ondes. Pas de soucis, Coudy est là pour nous rappeler ce que nous avons oublié ou bien raconter à nos enfants (ou bien chats, poissons, musaraignes) et à leurs progénitures ce qu’ils ont raté.

Attention vous allez assister à un moment de haute technologie écologique. L’humour ici est en carton recyclable et côtoie mine de rien la poésie de l’absurde. Coudy pourrait être le petit frère de Michel Gondry avec ses bouts de ficelles finement maîtrisées. Finesse, voilà le mot qui caractérise bien ce trentenaire qui a déjà trempé dans pas mal d’expériences télévisuelles et radiophoniques (lisez donc son parcours sur son myspace, ).

Monsieur joue tous les rôles de ses sketchs avec beaucoup de justesse dans la caricature et la réussite d’un personnage réside dans l’attitude saisie plus que dans son imitation vocale pure. Une perruque sur la tête, une mouche sur la lèvre et un gimmick : voici Armande Altaï ! Une simplicité efficace. Ce n’est jamais méchant, et surtout, les tics des émissions pastichées sont savoureusement croquées à travers un décors volontairement cheap qui ressert à chaque (?) sketch mais réactualisé avec plein de détails drôlissimes. Un décors très cartoon et d'ailleurs tout ce carton peint me fait penser à une case de bande dessinée, voire même, à un Larcenet dans un Bill Baroud. Le montage est très bien foutu, nerveux. Musique, réalisation, rythme, jeu… non vraiment à rien à redire c’est nickel chrome ou plutôt c’est du 100% cellulose !

Alors évidemment comme mon introduction ne le laisse pas entendre, il faut quand même connaître un peu les émissions pour apprécier pleinement les clins d’œil de ce jeune humoriste et de son équipe de bricoleurs fous.
J’ai adoré son regard sur « les chiffres et les lettres » (les rouleaux de PQ qui servent aux tirages des chiffres) malheureusement je ne l’ai pas retrouvé… Est-ce qu’une rediffusion sur France 3 pourrait me sauver ? un DVD peut-être ? Bref, parmi d’autres à consulter sur son Myspace, voici La Star Ac :


19 juin 2007

Michel Gondry forever - La super science des rêves





Michel Gondry si tu passes par là sache que je te remercie pour ces bouts de ficelle que tu as rêvés. Ouais vraiment un beau cadeau que tu m’offres à moi et à mon chéri de Stéphane. Enfin presque mais puisque le rêve fait vivre…


Que je vous explique : Les héros du film La science des rêves – Stéphane et Stéphanie – je ne sais quelle muse lui a soufflé cette bonne idée, mais en voilà une qu’elle est bonne - sont jeunes, beaux, terriblement ludiques et inspirés. Voisins de paliers qui jouent à chat et à la souris dans un foutoir lunaire, le garçon a une curieuse maladie, il rêve sa vie tout en carton et est amoureux de la fille. Elle c'est une fille alors elle n'est pas très sûre d'elle.


On croirait presque Bidou et moi tombés dans une marmite remplie de dés, cartes pas'd'chance, pions et sorts en tout genres, il y a quelques années. Aujourd’hui nous courons un peu moins vite derrière nos rêves et nous sommes un peu moins beaux, les Steph ont arrêté de fumer, ont pris quelques kilos mais scotchent toujours leurs projets avec des bouts de ficelle et un zeste de galère pour le fun. Galérer, ça fait plus artiste.

Enfin bref... Le film invite à projeter nos songes, à devenir Pythie, à fouiller nos souvenirs. Un azimutage en règle, poésie sous électrochocs, concertos de bidouilles et pistons, c’est sur cette ligne de folie douce que se construit le film. Mieux : Michel a emprunté mes hélices en carton pour faire décoller toute cette machinerie bricolée. Mais si, mais si !


Nous nous agitons au centre d’une toile, peinte, arachnéenne ou virtuelle - peu importe : c’est un peu comme si les Monty Python s’installaient au banquet d’un Festin Nu, le délire tiendrait du cadavre exquis. Exquis mais pas gnangnan et Chabat est extra. Y a toujours un type ou une situation grotesque chez Gondry qui rééquilibre le lyrisme, un bon ancrage au sol pour éviter que la midinette qui sommeille en nous ne s’englue dans un chabadabada hollywoodien. Celui qui nous rappelle que nous ne sommes que des boyaux est donc Guy-Alain Chabat, formidable philosophe du quotidien et conseiller judicieux de Stéphane. Le Guy du film c’est la vie qui s’entrechoque au rêve pour devenir parfois plus burlesque que le rêve lui-même.


Voilà j’interroge les viscères de ce film et j’y vois un gosse, génial touche à tout, qui a grandi en se forgeant des armes redoutables : l’autodérision comme clé de l’univers. Si moi je crâne en faisant croire que j’ai compris un peu le film, Gondry lui a ce talent de nous donner confiance en nos propres visions, les interprétations sont sans doute nombreuses et les trouvailles visuelles proviennent souvent de références qui n’appartiennent qu’à lui mais il nous laisse une marge à côté de sa propre histoire. On en sort emmêlé et c’est un vrai plaisir.

Moi, à un mec comme ça je confierais sans soucis mes deux enfants qui n’existent pas. Michel Gondry en inspecteur Gadget d’un côté et la clé de l’univers dans la poche pour que mes chérubins Terreur et Contamine poussent un poil de travers, débordent de leur pot limbique, pour qu’ils croissent sous la flûte enchantée d’Edmond, le mien de tonton, professeur Tournesol sur les bords, pour qu’il dévalent la pente de Chaville en caisse à savon poursuivis par William mon chat à une couille. Ouais c’est presque ça. Caisse à savon à réacteur ou bien à hélices, j’en ai, des rêves, et plein les doigts.

Alors quoi, si je n’es pas été très claire là-dessus, je le dis maintenant : ce film est un trésor et au moment où l’on croit qu’on va s’ennuyer, parce que les bidules de Gondry ne sont plus tout à fait des surprises, le rythme se détend pour laisser la réflexion surgir, on est alors moins dans le spectacle et là se pose la voix de Dick Annegarn.
J’ai un regret toutefois, ce film est un peu trop court aux emmanchures et je le verrais bien en format mini-série, oui c’est une drôle d’idée, les personnages sont tellement truculents qu’ils mériteraient que Gondry les étoffe dans la durée.Ah et puis un autre truc, entendre « Stéphanie » prononcé avec l’accent de Gael Garcia Bernal (Stéphane), ça le fait…



06 mai 2006

04 mars 2006

Syriana

Vu il y a une semaine Syriana, avec un George Clooney qui me fait penser à Jean Yanne ! Avant que les mots ne m'échappent ou que je ne revisionne le film en dvd, je jette ici quelques idées.

George Clooney est très bon donc dans un rôle à contre emploi, homme de terrain de la CIA, qui rassemble des données sur le Moyen Orient, dont personne n'en a rien à foutre, ni de ses données chiffrées, observées digérées analysées, pointues, ni de lui, simple pion dans les rouages de l'organisation. Un film très dense, pas facile à démêler, dans lequel les rapports entre les grosses industries pétrolières US, le gouvernement US, et les pays du pétrole à la botte de ces méga structures économique (CIA compris) sont vus sous plusieurs angles d'attaque. Un traitement pas du tout manichéen alors que les traitements de surfaces médiatiques les enferment facilement : deux pôles qu'il vaut mieux maintenir dans leur camp respectif, même si c'est artificiel et sous couvert de religions ou d'idéologies politiques ; les bannières s'agitent dans une sorte de tango hypocrite, d'un côté l'occident donc, de l'autre l'orient ; d'un côté la chrétienneté, de l'autre l'islam. Binarité forcée, où quelques princes arabes éclairés plutôt laïques voudraient voir leur pays évoluer, mais pas d'bol hein, le système économique n'a surtout pas besoin que ça évolue.
Comme dit Mafalda, on en ressort un peu abattu, mais avec la sensation agréable d'être pris pour un spectateur "en recherche".

23 janvier 2006

Plaisir télévisuel



Depuis la fin des péripéties torturées de Spike, je n’avais plus grand-chose à me mettre sous la dent en matière de séries TV. Il y a bien eu l’excellentissime Oz dont je n’ai vu que la première saison, puis, Nip/Tuck, mais les ressorts psychologiques des couples libérés de Miami et leurs rebondissements familiaux me laissent assez froide, il n’y a de vraiment bien que les étranges ballets chirurgicaux.
Lost dernièrement m’a pas mal plu, mais je n’accroche pas du tout au personnage principal incarné par un bellâtre d’une platitude exaspérante élevé au bon grain, qui sait tout faire, les dents blanches, les épaules larges.

Kingdom Hospital, voilà la série made in Stephen King et Lars von Trier qui me fait triper.
Après le très beau générique gothique on tombe dans une sorte de galerie David Lynchienne, assagie, à l’écriture démélée, mâtinée d’ « Urgence » sous LSD.

Des patients trépanés se réveillent, des fantômes coincés dans les ascenseurs se disputent les mourants, une grosse bestiole poilue du genre fourmilier géant joue le passeur du Styx.
Mon personnage préféré est une sorte de Mulder sans ovni qui tient scrupuleusement à jour un amusant listing : il remplit de terre des moules à cake en aluminium pour faire des petites tombes dans lesquelles il fiche des croix plus ou moins grandes. Sur chaque croix sont inscrits les erreurs chirurgicales et autres dérapages médicaux. Un adorable cimetière qui garde au chaud les défaillances humaines, un hobby comme un autre, quoi !

Que dire des autres personnages ? caricaturaux ? Voilà, pas de demi-mesure dans l’étalage. Nous croisons un fils du directeur planqué à un poste de testeur du laboratoire du sommeil ; un jeune couple de trisomiques mi ange-mi démon préposé à la plonge qui connaît toutes les histoires du personnel médical ; une vieille dame sympa, fausse malade mais vraie medium qui poursuit un pendule en cristal ; un artiste-peintre dans le coltar, bouc émissaire de son voisin de lit, un pyromane déjanté manipulé par un ange de la douleur.

Ce n’est pas tant glauque que bourré d’humour noir et le scénario se tient, que demander de plus ?

21 janvier 2006

Dead Man

(Cliquez juste au dessus)

Un film de Jim Jarmusch

Etats-Unis, 1995
Scénario : Jim Jarmusch
Casting : Johnny Depp, Gary Farmer, John Hurt, Robert Mitchum, Gabriel Byrne, Lance Henriksen, Michael Wincott, Iggy Pop, Billy Bob Thorton
Photo : Robby Müller
Musique : Neil Young
Durée : 2h14

William Bill Blake est comme Alice, fragile et maladroit, balloté dans un monde absurde. Il va devoir choisir son camp, de l’autre côté du miroir.

C'est un film sur ce qui est enfoui. La musique de Neil Young creuse encore plus profond, et lorsqu'elle remonte, la mer s'est retirée, le vent s'est calmé. 14 minutes et des brouettes pour se poser.

  • BO


    • 18 janvier 2006

      Pierre Super-Soulages

      Pierre Soulages est le peintre du noir et de la lumière. D’accord, très bien, mais il est bien plus que peintre, il est une sorte de maçon, un super-maçon de type super-plombier avec petite moustache qui vient sauver le monde.
      Il serait ce genre de maçon qui non seulement manie la truelle, mais qui fabrique le mortier, la brique et ses outils. Ce mec fabrique plutôt qu’il ne crée.
      Il va assembler la brique, il va la lier aux autres, il va monter un mur et semer des accidents. Disons plutôt une paroi, ça donne plus de souffle aux idées « la paroi ». Le mur étrique et enferme. Avec ma paroi bosselée je grimpe, je pense à une échappée verticale, le corps vissé au granit, et puis aussi il y a Lascaux, Altamira, Ayers Rock. Super Pierrot est maître du temps, de l’espace et de l’histoire humaine. Je pense également à une paroi abdominale, stomacale. Super Soulages maintient droit, plante, sépare le dedans du dehors. Il construit ce qui existe déjà, de l’organique, du minéral, des grottes à mammouths, des grottes platoniciennes, des voyages sous la terre. Il retrouve.

      Le super-maçon de l’univers joue de la truelle atomique, fouillant dans le quark, cimentant les noyaux.
      Il ne tente pas de capturer la nature, il parle de la nature sans donner à la voir autrement, sans sensiblerie colorée, sans artifice symboliste, il libère la touche de la couleur, du trait, de l’idée même du contour, de l’enveloppe, et nous obliger à lire la nuance ailleurs que dans des formes picturales ou dans la palette chromatique.

      Il travaille sur l’infiniment petit (le pigment) pour le relier à l’infiniment grand (la peinture). C’est au cœur de la matière qu’il plonge son cerveau, il va donc chercher sur sa toile à rendre des zones interactives. Il va jouer avec la propriété des pigments de peinture, en créant des ruptures, des stries, qui donneront des bandes de noirs mats ou brillants.
      Il maçonne un Photonland, un parc de loisir pour photons en goguette. Ici des tunnels fantômes pour capturer la lumière, là un toboggan sur des bosses de chameaux qui brille comme un lac des signes.
      Et ce sont nos reflets qu’on décrypte, notre veste rouge ou bien le soleil de midi.

      Cette réflexion sur le grain il ne l’a pas menée uniquement sur le pigment de peinture mais aussi sur le verre. Il faut voir ses vitraux gris plus ou moins opaques réalisés pour l’abbaye de Conques. Même regard sur le rendu atmosphérique, sur la volonté de jouer avec les heures, différentes techniques cependant dans l’application, avec tout ce que cela sous-entend de mises au point, de doigts dans la pâte, de sueur sous les yeux, les idées à manches retroussées immergées dans le minuscule. Soulages est un artisan-physicien-opticien qui travaille, qui cherche et appréhende la matière comme aux premiers jours de l’humanité.

      Vitraux Abbaye de Conques http://www.ac-amiens.fr/pedagogie/arts_plastiques/capes04/soulages1.jpg

      Evidemment regarder une reproduction de ses peintures ou ses vitraux entraîne une certaine frustration. Rien ne se dit sur les passages du mat au brillant, rien n’est évoqué au sujet des reflets du dehors subtilement noyés au noir, rien ne se joue à 7 heures du mat’ ou à minuit. Et pourtant !
      Monnet avait besoin de dix toiles pour évoquer la cathédrale de Rouen au différentes heures du jour, Soulages n’en a besoin que d’une et d’un peu de temps qui passe.
      Des mammouths sur la paroi on retrouve les mouvements des ombres qui dansent au dessus des torches préhistoriques. Déjà l’interaction, le ciné des cavernes nous apprend que nous avons toujours besoin du noir pour plonger dans le spectacle et de lumière pour éclairer la scène. Nos lumières d’aujourd’hui sont les néons, les spots des musées, les baies vitrées de Beaubourg.


      Pour tout comprendre, c’est clair, c’est parfait :
      Extrait d’une conversation de Pierre Soulages et Michaël Peppiatt.

      « (…) c'est la matière, la texture –les à-plats, reliefs, stries- qui modifient la valeur de ce noir unique. Le spectateur se déplaçant devant cette peinture voit le tableau se faire avec la lumière, se transformer, se construire devant ses yeux. »

      Tout l’entretien : http://www.pierre-soulages.com/pages/psecrits/peppiattFR.html#top

      09 janvier 2006

      Mets ta tron sur la platine

      Bon alors un mot sur l'album.
      La pochette c'est encore James Koehnline. Et on applaudit des deux bras ! C'est kitsch, c'est nineties (morceaux et artwork copyrightés 1995). Elle me fait penser à certaines pochettes de Funkadelic mais côté son, cet album est le moins funk de la trilogie, je précise, les deux autres étant Sacrifist et Transmutation. Côté formation, ce sont Bill Laswell (Basse), Buckethead (Guitare) et Brain (batterie) qui s'y collent. Minimaliste donc, moins de lancers de nains (dommage), et plus de guitare acoustique, ça c'est même carrément nouveau. Il reste du gros son lourd entre deux pétages de silicium. Et puis ça titille mon neurone à sérotonine. A creuser.

      04 octobre 2005

      Pour en finir avec

      ...Praxis.

      Juste pour dire qu’en plus d’être une expérience sonore mal identifiée mais qui me plait mais qui me plait mais qui me plait, ce sont aussi de capiteux univers qui emballent le tout. Je le répète l’emballage doit me cueillir aussi, je suis une vaine snobinarde, je ne vois pas qu’avec le cœur, ça doit faire boum à la rétine, avoir une gueule, allumer mon intérêt. Ce n’est pas une question de beauté, ça doit juste m’allumer. Et puis non mon beau n’a rien à voir avec la beauté de toute façon.
      Les collages de James Koehnline, je dis que c’est bô. Alors évidemment vous aurez reconnu un peu de la Porte des Enfers.

      Je dis que la pochette « Sacrifist » est une église païenne, y a mes démons qui se dorent la pilule sur l’autel, ils croustillent, ils ont cette cuisse qui se déguste avec les doigts.
      Je dis que c’est rond tout ce bric à brac minéral et de bronze encré, cette houille brillante. Jolie palette de volumes. Chauds et lascifs, il y a des serpents de pierre qui ne sont pas figés. Tout plein de faux anges ne va pas tarder à desserrer la fesse et une tripotée de bergers a lâché son mouton.
      Je dis t’es plutôt bien servi Abraxas.

      En fait on dirait le fond d’un verre de sangria après une omelette psylo-ciboulette.

      27 septembre 2005

      Praxis, excessif ?

      De Praxis j’aime le x. Le x de l’excès, mais pas que…
      C’est tripant de bruits terribles et denses avec cependant, des plages presque nues, quelques virgules scratchées, des irruptions sonores très tactiles. Une agression. Envahie ou bien légèrement larguée sur les bords de mon étonnement, j’aime chercher. Qu’est-ce à dire, est-ce bien raisonnable. Oui et non.
      Pour bien écouter, il faut tour à tour réfléchir, puis oublier, une fois sentir l’organisation des phrases, hocher de la tête pour mettre en place les neurones, une autre fois ressentir seulement, headbager c’est possible aussi, pour déloger les neurones. Nous sommes à des carrefours musicaux protéiformes. On n’est jamais loin d’un ver, le lyrisme met son costume de loup et hurle sous un lampadaire. Voici une drôle d’architecture. Orgies, ogres et sabbats nous plantent des forêts de rouille, des troncs hachés, des scies empourprées. Des lambeaux de contes, des cauchemars suburbains peuplent des usines désaffectées pour jouer à nous faire peur. Il y a donc des histoires très sombres qu’il ne faut pas prendre au sérieux, mais il y a aussi des beats très soul très simples. Il y a des virages death metal, des incursions indus et tribales mais sous les cris hardcore, le funk se déhanche.
      Voici une histoire de sang qui bat dans les veines. Ce collectif est une source d’adrénaline qui me rappelle que la musique relève de l’ivresse. Sexe, instinct, mémoire du chaos, Praxis est une matrice à références sensorielles. Bill Laswell est fou, John Zorn est fou, Bernie Worrell est fou, Bootsy Collins est fou, ils connaissent leurs classiques et jonglent avec nos souvenirs. Rock, métal, jazz ?
      Allez il faut battre la mesure le doigt où ça fait bon, il faut laper les sons et les retourner sous sa langue, il faut grogner bruyamment parce que cette rencontre est brutale et ne se laisse pas forcément faire. Quand on l’a, on ne la lâche plus.
      Guitare, basse, clavier, électro et drums : un voyage au pays des fous savants qui nous ont laissé quelques balises en chemin, à nous de les déchiffrer.

      21 septembre 2005

      Camille, c’te fille.


      J’l’aime bien parce qu’elle m’énerve. J’l’aime bien aussi parce qu’elle est pas finie.
      Contrairement aux artistes chouchous des bobos trentenaires, ou des plus vieux qui pensent que parce que ça plait aux trentenaires, ça doit être bien, Camille ne plait pas à ma mère.
      C’est son premier bon point. Ma mère aime Bénabar et Delerm. J’aime plutôt Bénabar, mais l’autre Vincent, je n’y arrive pas, Delerm fait semblant d’avoir trouvé un style minimaliste en faisant semblant de mal chanter et en tapant très peu de touches sur son piano. Alors il use de ce subterfuge jusqu’à la corde et suit cette ligne d’acier qui aimerait se prendre pour de la soie, trop bien ancrée, sans détour. Chiant.
      Camille, donc, tâtonne, s’essaie, garde tous ses repentirs, elle ne gomme pas les traits. Elle me donne envie de l’inspecter de dedans sa tête, pour l’exercice, la récré, pour me confronter à ses mots, à ses idées sonores. Camille t’es pénible, t’es plus expressionniste que sensible, ça me va bien… elle réveille mon instinct de survie. Sur son fil, c’est elle qui tombe et pas moi. Voilà une nana interactive, je pourrais lui donner des claques pour qu’elle continue d’avancer ; en l’écoutant je pense souvent que vais terminer le boulot avec elle, combler les silences par des parties de cache-cache.
      C’est son deuxième bon point. Elle ne prétend ni être parfaite, ni être laxiste, enfin c’est moi qui le dis, je la soupçonne même d’être angoissée et d’être consciencieuse. Par contre je ne doute pas qu’elle ne doute pas de son talent ; elle n’a rien à prouver, elle n’a pas de bilan à faire, pas de vie à boucler, elle prend son temps, et de fait occupe le notre. Bref, une fille à imaginer, et que j'imagine. Elle joue pour de vrai, très sérieusement.
      Elle a des airs faussement frondeurs, elle pétoche ; elle a des riens à foutre très fragiles. Parce qu’elle est gonflée mais que ça n’empêche pas. Du coup, en plus d'être installée sur son fil, elle avance sur des sinusoïdes glissantes.

      J’aime bien les gens en gestation, qui donnent l’impression qu’ils chercheront toujours.