04 mars 2006

Syriana

Vu il y a une semaine Syriana, avec un George Clooney qui me fait penser à Jean Yanne ! Avant que les mots ne m'échappent ou que je ne revisionne le film en dvd, je jette ici quelques idées.

George Clooney est très bon donc dans un rôle à contre emploi, homme de terrain de la CIA, qui rassemble des données sur le Moyen Orient, dont personne n'en a rien à foutre, ni de ses données chiffrées, observées digérées analysées, pointues, ni de lui, simple pion dans les rouages de l'organisation. Un film très dense, pas facile à démêler, dans lequel les rapports entre les grosses industries pétrolières US, le gouvernement US, et les pays du pétrole à la botte de ces méga structures économique (CIA compris) sont vus sous plusieurs angles d'attaque. Un traitement pas du tout manichéen alors que les traitements de surfaces médiatiques les enferment facilement : deux pôles qu'il vaut mieux maintenir dans leur camp respectif, même si c'est artificiel et sous couvert de religions ou d'idéologies politiques ; les bannières s'agitent dans une sorte de tango hypocrite, d'un côté l'occident donc, de l'autre l'orient ; d'un côté la chrétienneté, de l'autre l'islam. Binarité forcée, où quelques princes arabes éclairés plutôt laïques voudraient voir leur pays évoluer, mais pas d'bol hein, le système économique n'a surtout pas besoin que ça évolue.
Comme dit Mafalda, on en ressort un peu abattu, mais avec la sensation agréable d'être pris pour un spectateur "en recherche".

02 mars 2006

Une valse

Un peu de grace





Le soleil est rare
Et le bonheur aussi
L'amour s'égare
Au long de la vie

Le soleil est rare
Et le bonheur aussi
Mais tout bouge
Au bras de Melody

Les murs d'enceinte
Du labyrinthe
S’entrouvrent sur
L'infini

22 février 2006

Conte (deuxième partie)

Un jour, un numéro perdu dans la nuit des temps, fit entendre sa voix : et si je décidais de ne pas me reproduire ?

- Ben en fait, on a toujours eu le choix, mais je t’assure, ce choix-là n’est pas le bon, répondit un autre.

- Ah vraiment ?

- Oui, tu mourrais pour rien sinon.

- ça alors, elle est bien bonne celle-là ! Sinon quoi ? pour rien ou pour quelque chose, je mourrais, alors..!

- … alors il vaut mieux mourir pour quelque chose.

- Qui l’a dit ?

- Personne, le bon sens ! L’histoire que nous sommes en train d’écrire, le futur…

- Moi, en fait, j’en ai un autre de bon sens.

- Ah oui, lequel ?

- L’amour, la liberté, l’individualité, mon demain, mon futur, ma vie. Je veux que personne d’autre ne meure après moi.

- Tu n’y arriveras pas.

- J’y arriverai à mon échelle.

- Mais tu voudras changer d’échelle un jour.

- J’ai déjà des racines ! Je veux juste m’étaler à la surface, envahir mes possibilités.

Après des Bon !, des Bien !, des très bien !, des fort bien ! l’individualité finit par se faire une petite place dans ce corps aux milliers de têtes.

Un autre jour, ces mêmes protagonistes se recroisèrent :

- Alors t’en es où dans ton individualité ?

- Ah mais je ne dis plus je, je dis « on » ; j’ai trouvé l’amour.

- C’est vrai tu disais que le bon sens qui te guidait était : l’amour, la liberté, l’individualité, ton demain, ton futur, ta vie. Seulement, maintenant que tu as trouvé l’amour, maintenant que tu conjugues le « deux », qu’en est-il de ta liberté, de ton individualité, de ton demain et de ton futur ?

- En fait, pas grand-chose n’a changé, sauf que maintenant j’ai peur de perdre ce que j’ai.
- D’accord, rien n’a changé… je pensais que d’être deux était devenu trop petit pour toi maintenant.

- Tu sais je comprends ce que tu veux dire… je comprends même le bon sens du monde. Mais je ne désire pas m’inscrire de cette façon. Je me concentre sur ce 2 que je suis devenu, et je veux l’explorer jusqu’à la fin parce qu’il y aura une fin, même si je ne veux pas, même si j’ai peur, et je ne veux pas collectionner la peur. J’ai mêlé mes racines aux siennes et nous avons nos propres histoires à démêler, elles nous servent à grandir encore et quand nous aurons grandi, nous aurons des racines pour deux.

- Tu veux arrêter ton histoire ?

- Oui je crois que je veux arrêter mon histoire.

(NB : Ne cherchez pas la première partie, elle n'est pas ici)

18 février 2006

Ah si j'étais un homme


Aujourd’hui je sors Big Jim, j’ai brûlé Barbie.

Wake up and kleenex, Colgate, Tahiti douche, Fructis 2 en 1, Gillette mach 3, Nivéa for men, Drakar Noir, Lotus triple épaisseur, Athéna free style, Kindy socks, shaïwear, total look diesel, WUSHU SHOES, Pampril orange, weetabix, Candia, Motorola on pocket, Dirtydog on the nose, Twingo or not twingo ? Big Jim n’a pas de complexe avec les cheap tiny cars. DAEWOO AGC 7700 RDS 4X40 Watts, Shane Cough dans la fente.

Si j'étais un homme je serais une Fashion victim, surtout victime.

17 février 2006

Menu du jour

Je reviens sans avoir dit au revoir, sans avoir même refermer la porte, je me fais l’effet d’arriver sans dire bonjour avec l’espoir de me faufiler au fond à gauche pour faire comme si. Pour faire comme si je n’étais jamais sortie. Comme ça je n’aurais pas d’explication à donner, pas de mot d’excuse pour mon retard, pas de colle le mercredi.

C’est bizarre cette impression de n’être pas complètement apprivoisée à ces murs, de n’être qu’une visiteuse toujours un peu surprise et engoncée dans son manteau. Peut-être est-ce dû à mon côté intermittente de la sphère virtuelle… très intermittente ? Un manque d’habitude, de temps, de talent ?
M’enfin c’est qui le capitaine !

En fait si, je vais le dire. La vie de l’autre côté du miroir est envahissante et j’adore ça me perdre dans l’efficace et le coup de rein. Et puis ici, sur cette surface brillante où je ne vois que mon nez, flou et démesuré, je me demande vraiment si c’est une question de foi ou bien de discipline, la productivité blogesque.
Il n’y a pas 36 formes de blogsn enfin si mais il y a quand même des grandes familles repérables : le cahier intime qui cartographie l’humeur de son propriétaire ; l’analytique du genre "magazine" pro qui dissèque en journaliste, rassemble des données, réfléchit, thématise, se rassemble en collectif ; l’artiste qui expose, cherche, livre, donne à voir, à lire et à penser ; celui qui clignote, qui fait bouger de l'image ou bien l’audioblog qui pimente ses galettes d’un commentaire salé et/ou documenté ; et enfin le professionnel du divertissement qui ne veut rien moins que de se faire plaisir avant tout pour faire plaisir ensuite.*
Evidemment ces grandes tendances peuvent loucher sur les catégories voisines et les genres se mélangent, mais il me semble que coincée dans la seule chose que je sais faire, parler de moi, j’épuise forcément le genre très rapidement. Parce qu’en plus je n’ai pas choisi de parler régulièrement de mes vicissitudes quotidiennes. Certains le font avec goût.

Alors j’hésite, je finirai sûrement dans un avenir proche par poster des onomatopées, des grognements accompagnés - tout de même ! - de téléchargements à durées limitées ou bien le menu de mes repas. Le gâtisme à la sauce égotique ne me ratera pas, je le sens. Le pire, que ce soit une question de foi ou de discipline, je ne veux pas lâcher l’affaire ! Je ne suis pas fervente, je ne suis pas très disciplinée, en plus je ne suis pas gentille, à la limite, pas sympathique non plus dans le sens où je ne sais pas faire l’animation (comment ça, ça s’est vu ?)

Le faux journal intime qu’est mon blog, suivra donc sa seule ligne éditoriale capable de s’auto-alimenter sans organisation : le linéaire de mes envies opportunistes. Forcément, il me révèle déjà mes propres limites, pour l’instant je me retiens d’écrire du pire, du non construit (à peu près), si je m’accroche donc, je cours vers l’hermétisme le plus total. Je verrai, je trouverai peut-être enfin une orientation ? D’ailleurs je ne sais même pas trop ce que je cherche.
C’est marrant comme on s’est tous posé cette question à un moment ou à un autre dans notre activité bloguesque. Ce n’est donc forcément pas quelque chose de naturel ou d’anodin.

* Bon alors le blog d'Alain Juppé c'est quoi ?

03 février 2006

Remis à neuf

Souvenir d'un désordre passager.

J'ai donc refermé les capuchons, nettoyé les stylos qui fuyaient et enlevé le goudron des plumes. Je me rends compte que je commence àaccumuler une sacrée ménagerie dans mon pc, dans mes tiroirs, ça grouille de partout, j'avais même dessiné des moules pour un jeu qui ne sortira jamais. Si si, regardez bien sous la couche vaseuse. (en même temps un jeu avec des moules dans les premiers rôles...)

Le placo retrouve toute sa splendeur, prêt à être de nouveau recouvert par d'autres énervements.
Et puisque le ménage se fait en musique, musique donc ! (spéciale dédicace à Planty, très énervée elle aussi)

Shane Cough, l'Aiguille (album "Delight in Desire")


Vous avez 7 jours pour télécharger.

Recyclages 2 des mots des sensations des images d'une histoire idiote

Demain je nettoie les murs, demain c'est presque samedi, ce soir c'est friday night fever. Et j'entends un écho qui me vient d'hier.

J’ai pris du temps, j’lai acheté à côté, sur le chemin au bout du couloir, ensemencé de doutes, comme mes cons de frères, au bout du rouleau de leurs idéaux, j’ai même parié du vent. J’ai perdu quelques soupirs d'envies, me suis réveillée plombée, le cerveau à l’envers deux ou trois mois par an. On se croirait à Noël devant le ventre de la dinde, au-devant des mots alignés en face de nos familles chéries - le cœur de nos vies - solidaires dans l’oubli de quelques heures, peut-être un peu plus et puis on va se coucher, les enfants ont grandi, ils n’ont plus de jouets mais des chèques gagne temps, des zéros surprises. Il faut faire semblant quelques jours par an, peut-être un poil plus. Ce n'est pas de la triche, juste de la tenue et du respect.

J’ai pris du silence, j’l’ai volé derrière, dans l’ombre de mes pas, celle que je ne vois pas lorsque j’avance face au jour. Le silence derrière, les grandeurs taries, les amours déchues, ceux qui vont rester, ceux qu'on ne verra plus, on n’a plus vingt ans, on gaspille maintenant, on ne rattrape pas. Que va-t-on faire du reste ? Que va-t-on devenir sans ces mille ans de rab?

Je vais chercher la vie ce week end, éclabousser mes feuilles de rouge vif, éclater mon rire sur le mur du son, briser la ligne de cette paume pour y glisser des notes et des croches. Je vais foutre ma vieille peau un peu triste d’aujourd’hui au pressing, assembler des lambeaux de cuir sur des talons un peu hauts, et faire monter le beat. Enfin je vais brailler mon spleen sur le bord de mes nuits électriques.

Alors donc les mots d'il n'y a pas si longtemps résonnent jusqu'ici. Je ne change décidément pas*. Besoin de fureur artificielle pour me sentir superoversuperficielle.

* Ah si, quand même, j'ai arrêté de fumer, ceci expliquant sûrement cela, ici et maintenant.

02 février 2006

Et voilà

Fallait bien que ça arrive un jour, j'ai crabouillé tous mes dessins.

01 février 2006

Recyclages 1 des mots des sensations des images de l’histoire


Je suis aveugle et sourde, je ne parle plus la raison.
Et quand bien même je devrais m’anéantir sur le ciel qui nous tombe sur la terre et la mer qui déborde sur la terre et la terre qui s’entrechoque sur son sol et les déserts qui vomissent des virgules d’êtres qui perdent le peu d’eux-mêmes contre des frontières dressées. Et puis aussi les silences mortels des campagnes et puis aussi les fureurs des villes. Et quand bien même je devrais, j’ai les idées envahies, je n’entends plus, je ne vois plus vraiment. Je suis une héroïne nouvelle, je sauve l’enfant malade avec des ours en peluche, je parraine une vie pour un euro, j’embrasse le journaliste qui ne s’est pas tu, qui est mort parfois, je regarde les gens marcher du fond de mon canapé, les banderoles énervées, je me secoue parce qu’on m’appelle, parce que j’ai des cases à cocher, des numéros d’urgence, de l’argent à envoyer, je n’ai pas à comprendre, je souffre à 20 heures, j’oublie à 21, je n’ai pas à juger plus de 1200 secondes par jour, j’ai les idées pré mâchées, je n’ai plus qu’à signer.
Oui, mais non, un hoquet, un éclair, j’ouvre la gueule, la pupille avec, et la bave dépensée est ma ligne de cœur palpitante chaude et fragile qui s’enroule sur quelques icebergs rescapés. Parce que.
Parce qu’on me donne quelques prétextes pour agir, la dopamine dans les veines, agit. Je me roule le nez humide, le poil brillant dans ma décharge d’actions quotidiennes, l’injustice en étendard, le doigt prêt à dégainer sur les numéros verts enregistrés. Ou bien je signe.
Donnez-moi l’illusion que j’appartiens bien au monde.
Donnez-moi le monde que je le sauve à l’autre bout de mon M16, pour ma liberté paraît-il, pour la justice qu’on m’impose, pour la colère borgne qui m’ébranle. Parce qu’on me dit que je peux tuer la peur, parce qu’on me souffle que je peux être cette héroïne.
Oui, mais non, pas celle-la. Je sursaute encore, je me demande qui sont les vrais héros.
Des ouvriers qui quittent leur usine de bombes "drôlement" intelligentes, les gens qui cherchent des réponses à côté des réponses qu'on leur donne, ceux qui n’oublient pas, ceux qui l'ouvrent.
J’ai le courage dicté, la philanthropie programmée, je le sais, ils me l’ont dit. Je la regarderai à la télé, je la lirai dans Ouest France, et peut-être même qu’elle clignotera sur libépointcom.

En attendant de sauver vraiment le monde, cliquez
  • là

    • 23 janvier 2006

      Plaisir télévisuel



      Depuis la fin des péripéties torturées de Spike, je n’avais plus grand-chose à me mettre sous la dent en matière de séries TV. Il y a bien eu l’excellentissime Oz dont je n’ai vu que la première saison, puis, Nip/Tuck, mais les ressorts psychologiques des couples libérés de Miami et leurs rebondissements familiaux me laissent assez froide, il n’y a de vraiment bien que les étranges ballets chirurgicaux.
      Lost dernièrement m’a pas mal plu, mais je n’accroche pas du tout au personnage principal incarné par un bellâtre d’une platitude exaspérante élevé au bon grain, qui sait tout faire, les dents blanches, les épaules larges.

      Kingdom Hospital, voilà la série made in Stephen King et Lars von Trier qui me fait triper.
      Après le très beau générique gothique on tombe dans une sorte de galerie David Lynchienne, assagie, à l’écriture démélée, mâtinée d’ « Urgence » sous LSD.

      Des patients trépanés se réveillent, des fantômes coincés dans les ascenseurs se disputent les mourants, une grosse bestiole poilue du genre fourmilier géant joue le passeur du Styx.
      Mon personnage préféré est une sorte de Mulder sans ovni qui tient scrupuleusement à jour un amusant listing : il remplit de terre des moules à cake en aluminium pour faire des petites tombes dans lesquelles il fiche des croix plus ou moins grandes. Sur chaque croix sont inscrits les erreurs chirurgicales et autres dérapages médicaux. Un adorable cimetière qui garde au chaud les défaillances humaines, un hobby comme un autre, quoi !

      Que dire des autres personnages ? caricaturaux ? Voilà, pas de demi-mesure dans l’étalage. Nous croisons un fils du directeur planqué à un poste de testeur du laboratoire du sommeil ; un jeune couple de trisomiques mi ange-mi démon préposé à la plonge qui connaît toutes les histoires du personnel médical ; une vieille dame sympa, fausse malade mais vraie medium qui poursuit un pendule en cristal ; un artiste-peintre dans le coltar, bouc émissaire de son voisin de lit, un pyromane déjanté manipulé par un ange de la douleur.

      Ce n’est pas tant glauque que bourré d’humour noir et le scénario se tient, que demander de plus ?

      21 janvier 2006

      Dead Man

      (Cliquez juste au dessus)

      Un film de Jim Jarmusch

      Etats-Unis, 1995
      Scénario : Jim Jarmusch
      Casting : Johnny Depp, Gary Farmer, John Hurt, Robert Mitchum, Gabriel Byrne, Lance Henriksen, Michael Wincott, Iggy Pop, Billy Bob Thorton
      Photo : Robby Müller
      Musique : Neil Young
      Durée : 2h14

      William Bill Blake est comme Alice, fragile et maladroit, balloté dans un monde absurde. Il va devoir choisir son camp, de l’autre côté du miroir.

      C'est un film sur ce qui est enfoui. La musique de Neil Young creuse encore plus profond, et lorsqu'elle remonte, la mer s'est retirée, le vent s'est calmé. 14 minutes et des brouettes pour se poser.

    • BO


      • 18 janvier 2006

        Pierre Super-Soulages

        Pierre Soulages est le peintre du noir et de la lumière. D’accord, très bien, mais il est bien plus que peintre, il est une sorte de maçon, un super-maçon de type super-plombier avec petite moustache qui vient sauver le monde.
        Il serait ce genre de maçon qui non seulement manie la truelle, mais qui fabrique le mortier, la brique et ses outils. Ce mec fabrique plutôt qu’il ne crée.
        Il va assembler la brique, il va la lier aux autres, il va monter un mur et semer des accidents. Disons plutôt une paroi, ça donne plus de souffle aux idées « la paroi ». Le mur étrique et enferme. Avec ma paroi bosselée je grimpe, je pense à une échappée verticale, le corps vissé au granit, et puis aussi il y a Lascaux, Altamira, Ayers Rock. Super Pierrot est maître du temps, de l’espace et de l’histoire humaine. Je pense également à une paroi abdominale, stomacale. Super Soulages maintient droit, plante, sépare le dedans du dehors. Il construit ce qui existe déjà, de l’organique, du minéral, des grottes à mammouths, des grottes platoniciennes, des voyages sous la terre. Il retrouve.

        Le super-maçon de l’univers joue de la truelle atomique, fouillant dans le quark, cimentant les noyaux.
        Il ne tente pas de capturer la nature, il parle de la nature sans donner à la voir autrement, sans sensiblerie colorée, sans artifice symboliste, il libère la touche de la couleur, du trait, de l’idée même du contour, de l’enveloppe, et nous obliger à lire la nuance ailleurs que dans des formes picturales ou dans la palette chromatique.

        Il travaille sur l’infiniment petit (le pigment) pour le relier à l’infiniment grand (la peinture). C’est au cœur de la matière qu’il plonge son cerveau, il va donc chercher sur sa toile à rendre des zones interactives. Il va jouer avec la propriété des pigments de peinture, en créant des ruptures, des stries, qui donneront des bandes de noirs mats ou brillants.
        Il maçonne un Photonland, un parc de loisir pour photons en goguette. Ici des tunnels fantômes pour capturer la lumière, là un toboggan sur des bosses de chameaux qui brille comme un lac des signes.
        Et ce sont nos reflets qu’on décrypte, notre veste rouge ou bien le soleil de midi.

        Cette réflexion sur le grain il ne l’a pas menée uniquement sur le pigment de peinture mais aussi sur le verre. Il faut voir ses vitraux gris plus ou moins opaques réalisés pour l’abbaye de Conques. Même regard sur le rendu atmosphérique, sur la volonté de jouer avec les heures, différentes techniques cependant dans l’application, avec tout ce que cela sous-entend de mises au point, de doigts dans la pâte, de sueur sous les yeux, les idées à manches retroussées immergées dans le minuscule. Soulages est un artisan-physicien-opticien qui travaille, qui cherche et appréhende la matière comme aux premiers jours de l’humanité.

        Vitraux Abbaye de Conques http://www.ac-amiens.fr/pedagogie/arts_plastiques/capes04/soulages1.jpg

        Evidemment regarder une reproduction de ses peintures ou ses vitraux entraîne une certaine frustration. Rien ne se dit sur les passages du mat au brillant, rien n’est évoqué au sujet des reflets du dehors subtilement noyés au noir, rien ne se joue à 7 heures du mat’ ou à minuit. Et pourtant !
        Monnet avait besoin de dix toiles pour évoquer la cathédrale de Rouen au différentes heures du jour, Soulages n’en a besoin que d’une et d’un peu de temps qui passe.
        Des mammouths sur la paroi on retrouve les mouvements des ombres qui dansent au dessus des torches préhistoriques. Déjà l’interaction, le ciné des cavernes nous apprend que nous avons toujours besoin du noir pour plonger dans le spectacle et de lumière pour éclairer la scène. Nos lumières d’aujourd’hui sont les néons, les spots des musées, les baies vitrées de Beaubourg.


        Pour tout comprendre, c’est clair, c’est parfait :
        Extrait d’une conversation de Pierre Soulages et Michaël Peppiatt.

        « (…) c'est la matière, la texture –les à-plats, reliefs, stries- qui modifient la valeur de ce noir unique. Le spectateur se déplaçant devant cette peinture voit le tableau se faire avec la lumière, se transformer, se construire devant ses yeux. »

        Tout l’entretien : http://www.pierre-soulages.com/pages/psecrits/peppiattFR.html#top

        14 janvier 2006

        Mises à jour

        J'enlève Soulages.com et je remplace par trois blogs.
        Ca n'a rien à voir avec Pierrot, nous ne sommes pas en froid, je trouve juste que ce site officiel est totalement mal foutu, complètement glaçant, bref j'aime p'us. Faudrait que je parle de Soulages, un jour, pour rire. Mais en toute décontraction hein, s'agirait pas de se prendre la tête, ha !

        13 janvier 2006

        L'heure du compte

        Après un ultime bidouillage je garde cette nuit-la, la plus artificielle.


        Je viens voler aux minutes quelques ressacs d’idées, le front un peu trop lourd comme une forêt qui s’écroule sous ses années. Poser des abîmes de pacotilles pour demain, jeter un pont entre mes envies de plomb et mes réalités de plumes. Ou le contraire. Que sais-je encore, établir une liste à croix dressées, pointer du doigt deux ou trois fulgurances sous un porche à la lumière stridente, de l’autre côté, ce qui s’est franchit, et moi là, en équilibre sur ce qui reste derrière, avec des bribes de culpabilités hypertrophiées, l’hésitation qui valse et une humeur à se fondre dans le givre, une bouffée délirante d’héroïsme, le nez reniflant son cerveau. Il n’y a plus qu’à… il n’y a plus qu’à serrer les poings dans ces poches à remplir. Enfin, dans cet avenir proche, je choisirai sûrement de m’écrouler de sommeil, un mi-sourire enorgueilli par tant de liberté.

        Cette fois c'est la bonne

        Voici, voilà un dernier extrait !

        Après plusieurs écoutes dans tous les sens, je veux dire, dans tous les sens possibles et inimaginables que me propose mon vieux canapé que je vénère pour ses bons et loyaux sévices lombaires et surtout pour toutes les choses qu’il ne répétera jamais – après de nombreuses écoutes donc, mon verdict est sans appel : à écouter, assis dans des bourrelets de cuir informes et trois verres de Bloody Mary. Passée la première minute on se dit, que c’est décidément inécoutable, mais on adore ça, un peu de torture qui se cogne contre les murs de la raison, hein, ça va bien finir par s’arrêter.
        En vrai, il est moins bon que Sacrifist, beaucoup moins tripant, toujours en retenu, mais ce sont peut-être les trois verres de bloody qui collent un peu, la preuve : on est toujours au fond du canapé, légérement digéré par cet ami témoin des pires débordements.



      • Warcraft– Praxis, album « Metatron»

        • 09 janvier 2006

          Mets ta tron sur la platine

          Bon alors un mot sur l'album.
          La pochette c'est encore James Koehnline. Et on applaudit des deux bras ! C'est kitsch, c'est nineties (morceaux et artwork copyrightés 1995). Elle me fait penser à certaines pochettes de Funkadelic mais côté son, cet album est le moins funk de la trilogie, je précise, les deux autres étant Sacrifist et Transmutation. Côté formation, ce sont Bill Laswell (Basse), Buckethead (Guitare) et Brain (batterie) qui s'y collent. Minimaliste donc, moins de lancers de nains (dommage), et plus de guitare acoustique, ça c'est même carrément nouveau. Il reste du gros son lourd entre deux pétages de silicium. Et puis ça titille mon neurone à sérotonine. A creuser.

          Jour de fête


          Tiens aujourd’hui c’est aujourd’hui, éjectons quelques mots sur ces pages naturistes. Moi et moi sommes heureuses, et je le fête en grande pompe pyrotechnique. En ronds d’oignons, avancez petites lettres déchues les yeux béants comme deux rangs de flancs, les côtes saillantes, consonnes en tête étalant leur anorexie. Plongez dans la machine au moins vous remplirez quelques blancs neurasthéniques par des souvenirs étincelants piqués à la ville, piqués à des nuits d’escapades, le long des quais et des plages sonores. Sautez !

          02 janvier 2006

          En fait j’achète pas donc je suis pas… client

          Les resquilleurs.

          Certains, me font bien marrer. Il y a ceux qui recopient sur un bout de table les règles du jeu et les grandes lignes du plateau. Alors je ne sais pas pourquoi, peut-être est-ce la foudre divine qui s’abat sur ces malchanceux, mais ils ont toujours un stylo qui déconne, ils finissent par s’énerver, avoir l’air stressé, on voit bien qu’ils ont un problème. Souvent je leur propose un crayon de dépannage. En général ça achève leur stress, ils deviennent liquides et s’enfuient. Mais non revenez, z’avez pas fini !

          Les organisés, plus rares, mais corsés. A ceux-là, j’offre le bénéfice du doute dans un premier temps. Parce qu’ils manoeuvrent habilement. D’abord une jeune fille arrive avec un joli sourire fleuri mais un peu penaud, elle a perdu trois cartes du jeu acheté au dernier festival des jeux, et depuis elle se désespère. La demoiselle repart donc avec ces trois cartes, il serait dommage de faire se désespérer plus longtemps une si charmante personne. Le lendemain c’est un petit garçon qui s’est fait bouffer les cartes par sa grand-mère, ou un poisson rouge, je ne sais plus. Evidemment ce sont les trois autres cartes, et comme dans le jeu il y a 6 cartes identiques par joueur, le compte est bon si l’on fait chauffer la photocopieuse ! Bon il n’y a plus qu’à attendre et voir combien de pions ils ont perdus, écouter quel accident est arrivé à leur plateau de jeu. Ils ont du mérite, je trouve, je suis toute époustouflée, on a des jeux avec moins de matériel.

          Les squatteurs expansifs.

          Alors ceux-là sont les plus décontractés, je siffle d’admiration, je les envie même.
          Je les remercie pour l’animation qu’ils apportent sur le stand, ils arrivent nombreux et foutent un boxon communicatif, ils s’amusent véritablement, veulent connaître toutes les finesses de chaque jeu, lorsque le jeu demande un poil de stratégie, ou bien s’éclatent comme des gosses sur les jeux d’ambiance. Ca fait plaisir à voir, ils restent jamais moins de deux heures, s’exclament par tous les bouts, nous prennent à témoin dans leur réussite, sortent les sandwich, les bouteilles, bref passent du bon temps, se disputent haut et fort le jeu qu’ils veulent acheter, hésitent, argumentent, veulent bientôt toutes les références, puis finissent par partir en nous disant qu’ils vont réfléchir… en général sur un autre stand sur lequel ils restent trois minutes - jeu du concurrent pesé emballé payé.
          Il y a un truc qu’on n’a pas su faire, c’est clair.

          Lorsque la journée s’achève, et que nuit déploie enfin ses ailes sur notre activité off, celle secrète qui offre un air magique au jour d’après, lorsque tels des lutins bienveillants qui redonnent un lustre sans égal à nos boîtes merveilleuse, qui actionnant dans l’obscurité le balai pour virer les mégots, qui soufflant sur les miettes, qui changeant les dés tout collants, nous nous asseyons un instant pour faire un court bilan : il n’y a pas que la vente qui compte, non non, il y a aussi la VISIBILITE, oui oui.

          Et puis c’est l’occasion de lancer des paris sur de nouveaux profils, de voir quel consommateur (potentiel) alpha on n’a pas encore croisé, et aussi, parce que faut pas se leurrer c’est vachement marrant, on se demande à quelle(s) catégorie(s) on appartient quand on change de casquette. Haaaahhhhhahahaha, alors là vaut mieux éviter de nous rencontrer sur votre stand ou dans votre magasin, messieurs dames créateurs, fabricants et autres vendeurs ou revendeurs. Mouuhhouuhaaaahhhhahahaha. On est pires, on connaît toutes les ficelles !

          31 décembre 2005

          J’achète donc je suis

          Ayé, Noël c’est bouclé ! Je commence à avoir suffisamment de recul à présent pour pouvoir établir quelques aperçus top délires de l’être humain consommateur alpha.

          D’abord, il y a celui qui ne nous regarde pas mais fonce droit au-devant de notre stand pour demander sans lever les yeux, si on vend des maquettes. Alors on suppose qu’il a réussi a appréhender l’essence même de notre existence d’un regard diagonalisant, à la sauvette et nous a rangé dans le tiroir – correct – mais pas suffisant des vendeurs de jeux et de jouets. Non madame, pas de maquettes, nous sommes… et hop la dame n’aura pas plus de précisions, elle s’est accrochée au tourniquet des passants et disparaît dans la foule.

          Nous avions gentiment structuré notre stand en deux parties : les jeux à deux d'un côté, de l'autre les jeux de communication pour jouer à plus donc. Moult formes et couleurs, moult matières et accessoires réunis dans une douce et néanmoins pétillante harmonie, parce que certains brillent d’autres pas, certains sont 80s Style d’autres fifties, avec des fiches de présentation pour chacun des jeux et leurs prix.

          Un couple s’approche, un garçon et une fille, ils lisent nos fiches et affiches où nous étalons orgueilleusement notre savoir faire en tant que créateurs et éditeurs, ils s’étonnent, se renseignent sur qui nous sommes vraiment, comprenant que les jeux exposés ne sont pas connus de la masse et qu’ils ne les trouveront pas en hypermégamarchés de si tôt. Bien ! Une partie de communication s’entame, les balles se renvoient, on parle pour dire des choses plus intéressantes les unes que les autres. Haaa, oooh c’est passionnant votre métier s’extasient-ils, voulant savoir qui fait quoi, voulant connaître comment l’idée de créer des jeux nous est monté au cerveau, quelles sont les contraintes de fabrication etc etc. Venant l’heure de se pencher sur les boîtes juste sous leurs nez, et là, c’est le drame. « Mais je connais ce jeeeeu, on l’a à la maison, je l’ai eu il y a quelques mois à mon anniversairrrrre ! »
          Devant l’air épouvanté du monsieur, je me suis dit, merde il a trouvé que c’était une daube ou bien il s’est blessé avec l’angle d’une carte carrée, et va nous traîner en justice parce qu’il a reçu un jeu pourri.
          « Je croyais que vous n’étiez pas connus, mais en fait vous êtes vendus en boutiques ! » Damned. Euh oui, c’est à dire que pour vivre de ce job palpitant il faut vendre un peu aussi entre deux éditions. Si si. On ne fait les marchés de Noël qu’à certaines périodes bien précises de l’année, si vous voyez ce que je veux dire. Il et elle repartent indignés.

          L’autre version de ce couple est inversement proportionnelle à l’intérêt qu’on nous prête : alors donc vous vendez des jeux, vous n’avez pas le Monopoly ?
          …

          Sinon il y a aussi la personne à qui on explique comment la table est organisée en deux zones et qu’on laisse fouiller, retourner les boîtes, lire les instructions puis qui finit par demander « ça se joue comme un solitaire ? parce que je recherche un jeu pour moi toute seule » … mmh voilà, oui, ça se joue comme un solitaire mais à deux, c’est comme un puzzle mais à la place vous avez des pions et des cases. Voilà voilà.

          Last but not least :
          « Et dans les différentes boîtes ce sont différents jeux ? »
          Hahaha c’est pas con tiens, on devrait faire ça, mettre le même jeu sous différents titres et changer le décor des boîtes, non vraiment pas con comme concept ! Pourquoi je me fais chier, on se demande, HEIN ?

          On rigole bien quand même.
          To be continued…

          22 décembre 2005

          Jeux d'adultes



          Mon concentré de boîte est sorti indemne de la tornade de Noël. Un peu trop tôt pour faire le bilan, juste une pause pour poser un regard : nous nous sommes donnés cette année. Physiquement démultipliés, partout sur tous les fronts dans tous les rades un peu classes, tous les jours même de pluie, à toutes les heures même le matin, MEME LE MATIN.
          J’ai parlé expliqué énervé démontré joué raconté argumenté bataillé vendu nos joujoux mais pas mon âme - quoique s'il y a de la thune à faire c'était le moment, hahahahaaaaaaa ; venez les petits enfants avec le porte-monnaie de môman.
          Bref, aucun enfant n'a subi de pression commerciale insoutenable et on m’a demandée, souri, écoutée, emmerdée, dérangée, appréciée… enfin pas moi, pas tout à fait moi. Mais je crois quand même que derrière nos pions, les gens nous aiment bien et des fois ça m'arrange bien aussi. Ils ont l'air amusés autant que surpris de notre taf étrange, de nos multiples casquettes, limites schizophrénisantes. Il est trop tôt pour faire le bilan, pourtant je suis déjà contente, on donne un tour de pédale, et on arrive sur un openfield de possibilités de bidules de machins de choses à tripatouiller, à roder, de trucs à corriger, on va redresser, on va re-stresser, encore, encore, ENCORE, une fois de plus, de mieux en mieux, mieux assis, plus d’idées, plus de moyens, plus sûrs de nous, plus morts de trouille.
          J’appuie sur le starter, je remonte mon col et je vais voir ailleurs, plus loin, dans la friche d'à côté qui me fait de l’œil.